Par Margot Genty, chargée de projet en médiation
Toute reproduction intégrale de ce texte est interdite. (L.R.C. (1985), ch. C-42)
Bien que l’histoire de la Baie-James ait essentiellement été écrite par des hommes, de nombreuses femmes n’ont pas manqué de se démarquer, notamment en politique. Notons qu'une des premières femmes québécoises à se présenter au Parlement fédéral est Thérèse Casgrain. Issue de la bourgeoisie, Thérèse Casgrain est une militante féministe et une pionnière du droit de vote des femmes ; elle devient la cheffe du Parti Social-Démocrate du Québec en 1951, faisant d’elle la première cheffe d’un parti politique au Canada. En 1957, elle est la candidate du comté de Villeneuve, englobant de 1949 à 1976 une partie de la Baie-James. Cela ne reste malheureusement qu’une tentative, car elle n’est pas élue. La première femme à obtenir un siège au Parlement fédéral est Sylvie Bérubé en 2019.
Les femmes de la Baie-James s’investissent surtout au niveau municipal. En 1974, Marie-Rose Noël est la première à être élue échevin à Chapais, dont elle devient la mairesse un an plus tard lorsque le maire en poste décède subitement. Elle est donc la première femme de la région à occuper ce poste, tout en étant veuve et mère de 11 enfants.
La première mairesse élue de la Baie-James est en fait Valentine Boivin, à Villebois. Elle est élue en 1979 au poste de Présidente du conseil de gestion locale, poste qu’elle occupe jusqu’en 1990. Valentine Boivin serait également la troisième mairesse élue du Québec. En 1974, Villebois et Beaucanton sont regroupés sous la localité Rousseau, supervisée par la municipalité de la Baie-James. Cependant, en 1976, des citoyens insatisfaits de cette fusion forment un comité et ils parviennent à séparer Villebois. Valentine Boivin fait partie de ce comité, son engagement pour la mairie était donc tout naturel !
Ces femmes ont ouvert la voie à d'autres. Notons que Ginette Reid est élue mairesse à Joutel en 1996, Manon Cyr en 2009 à Chibougamau. La ville de Chapais est un cas particulier, car elle a compté pas moins de quatre femmes à la mairie : Marie-Rose Noël, Anita Pednault en 1985 suite à la démission du maire, Louise Saucier en 1998 et Isabelle Lessard en 2021. En revanche, Matagami, Lebel-sur-Quévillon et la municipalité de la Baie-James n’ont pas encore eu de mairesse à leur tête.
Ces femmes sont toutes des exemples pour les générations présentes et futures. Parfois, certaines devaient cumuler le rôle de ménagère, de mère, d’épouse et de mairesse. Elles ont malgré tout choisi de s’investir pleinement pour leur communauté, mais l’histoire a gardé bien peu de traces de ces pionnières.
Les informations qui vous sont présentées ici sont le résultat d’une recherche de longue haleine menée par la société d’histoire afin de retrouver les accomplissements des femmes de la Baie-James. Une exposition présentant le portrait de 10 femmes de la région et un rapport de recherche seront bientôt disponibles pour que vous puissiez découvrir le quotidien de ces femmes qui ont participé, au même titre que les hommes, à bâtir la Baie-James que nous connaissons aujourd’hui.
Ce billet de blogue est publié dans le cadre du projet Femmes du Nord, une histoire des jamésiennes, grâce au soutien financier de l'Administration régionale Baie-James, du Programme Mitacs, de l'Université du Québec à Chicoutimi, du député d'Ungava.
Photographies :
- Thérèse Casgrain, 1945. BAnQ P48,S1,P12345.
- Les maires de la région de la Baie-James : Jean Desjardins, Gérard Poirier, Godefroy de Billy et Marie-Rose Noël, 1975. SHBJ, P33,S3,SS4,SSS1,SSSS3, D2, P3.
Sources :
- COLLECTIF CLIO. L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles. Le Jour, 1992.
- Société d’histoire de la Baie-James, Femmes du Nord, une histoire des Jamésiennes au 20ᵉ siècle, Rapport de recherche, 2025.